
Sénégal, les raisons de l’exil
Un reportage d’Isabelle Moeglin et Denis Bassompierre - Une production France 3 / Thalassa
Moi qui te parle je m’apprête à partir, je pars mercredi. Au Sénégal, il n’y a plus rien, c’est la dèche. Je m’en vais mercredi ". Mamadia est un jeune pêcheur de 19 ans, originaire de Thiaroye-sur-Mer, un port situé dans la banlieue de Dakar. Il a payé son passage vers les îles Canaries. Il sait les risques qu’il encourt en devenant clandestin, en embarquant dans la pirogue du passeur : 200 jeunes de son village sont déjà morts en tentant la traversée vers l’Espagne. Alors pourquoi se mettre en danger quand on vit au bord d’une des mers les plus poissonneuses du monde ? Parce que la mer ne nourrit plus les hommes justement, parce que le secteur de la pêche, totalement saturé, traverse la plus grave crise de son existence. Des milliers de paysans fuyant la sécheresse ont migré vers le littoral, des milliers de chômeurs sont venus grossir les rangs des pêcheurs. Cet afflux massif de population a rompu l’équilibre : 400 000 pêcheurs et plus de 10 000 pirogues sillonnent les 730 kms de côte ; la pression sur les ressources est bien trop forte et il faut aller chercher le poisson de plus en plus loin ; la pêche artisanale est devenue une pêche industrielle totalement anarchique. La mer est pillée et la misère s’installe dans les communautés de pêcheurs. Alors les jeunes, souvent encouragés par leurs parents, prennent les pirogues et fuient vers ce faux Eldorado qu’est l’Europe.
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